Storm is near (part 7)
Quelques heures plus tard et plus de cinquante kilomètres plus loin, nous ne pouvions que constater l’étendue des dégâts.
Des hectares de cendres remplaçaient la forêt qui se trouvait là jadis. Une forte odeur de bois brûlé empestait tout et des traces d’activité humaine indiquaient la raison de cet incendie.
Le visage d’Adilar semblait fermé comme pour contenir une profonde tristesse.
D’une voix étrangement neutre elle récita ces quelques phrases comme si elle cherchait autant à nous rappeler la réalité mondiale qu’à trouver une justification légitime à ce spectacle de désolation :
« Les contraintes économiques des habitants du Brésil expliquent le résultat sur l’environnement.
Le bétail nécessite de plus en plus de place pour croître. La déforestation permet une extension des terres utilisables pour le commerce bovin.
Le Brésil tient à rester le premier exportateur au monde de bovins. La demande de plus en plus importante en viande et en cuir provenant des pays industrialisés assure la survie de beaucoup d’éleveurs tout en les forçant à chercher sans cesse de nouveaux pâturages.
De très grandes marques utilisaient ces cuirs pour satisfaire nos désirs de consommation… »
Taylor et moi l’écoutions sans broncher… D’ailleurs que pouvions-nous ajouter? Alors, elle reprit sur le même ton monocorde :
« La dynamique économique mondiale détruit cette forêt vitale pour la survie de la planète. Il est évidemment impossible de demander à un pays de renoncer à sa source principale de revenu, cela revendrait à le condamner, tout comme il est stupide d’accuser le Brésil d’être seul responsable de cette déforestation.
Des solutions destinées à protéger l’environnement pourraient se mettre en place, mais cela signifie une collaboration financière de tous les pays riches. Comme nous le savons déjà, les quelques milliards de dollars nécessaires à la préservation d’un écosystème vital pour tous n’arriveront probablement jamais.
Après tout, que nous importe la destruction d’une biodiversité unique ?
Que vaut l’équilibre environnemental dont nous dépendons tous, face aux plaisirs de s’acheter sans cesse de nouvelles chaussures de cuir dont nous n’avons pas toujours besoin ?…Où de manger de la viande à chaque repas ? »
Nous ne trouvions rien à répondre à ceci. Moi, je ne trouvais rien d’autre à faire que de regarder mes chaussures couvertes de cendres.
Des chaussures en cuir avec quelques éclaboussures de vomi…
