J’observais le visage de Panopeus. La détermination et l’ambition se lisaient sur chacune de ses expressions. Il avait probablement appris son texte par cœur tant il surjouait. Pourquoi se donnait-il autant du mal pour me convaincre ?
N’écoutant toujours pas ce qu’il me racontait, je regardais sa bouche s’ouvrir et se refermer sans cesse. Ces gesticulations me faisaient penser à une marionnette maladroitement dirigée par un apprenti marionnettiste. Ses membres brassaient l’air de façon désordonné.
Quelqu’un lui avait-il appris à se comporter de cette façon là ou bien le ridicule était-il une seconde nature chez lui ?
Puis arriva l’inévitable. Le voyant –le terme était devenu ironique dans mon esprit- remarqua enfin que son speech ne m’intéressait pas du tout.
Il hésita quelques secondes…Me lâcha un regard noir…Termina d’une traite son café presque froid, puis rangea sa chaise… Je crus qu’il allait enfin partir.
Erreur ! Les mecs comme lui ne se vexent pas! Pas assez d’amour propre pour ça !
Il reprit donc de plus belle sa représentation et enchaina sur d’autres localisations possibles d’entrepôts de stockage de TIK !
Alors qu’il me parlait de la guerre secrète à venir ainsi que des dégâts collatéraux envisageables, je songeais de nouveau à Ivana, Angelina, Adilar… Je me demandais si ces personnes prendraient les armes pour défendre leurs propres vies en cas de conflit. J’en doutais fortement…
Adilar avait certes son garde du corps, mais qu’en étaient-ils des autres ? Seraient-elles les victimes passives des violences et manipulations de ce monde ?
Je crois que c’est à ce moment précis que j’ai pris ma décision.
Je crois que c’est à ce moment là que j’ai enfin trouvé un sens à ma vie… surement à ma mort.
Chacun agit comme un prédateur de l’Autre, dans un monde qui rétrécit à vue d’œil. Prédateur de l’environnement, de la biodiversité, des ressources naturelles, des territoires, des cultures, des croyances, de tout ce qui est différent…
Personne ne veut plus accepter pacifiquement l’Autre…
Personne ne peut prendre le risque d’une paix unissant tout le monde.
Alors, ce sera la guerre…
Des vies, des races, des cultures vont disparaître… Jusqu’à ce qu’un nouvel équilibre se fasse…
J’espère seulement qu’il restera encore une place pour la race humaine dans ce nouvel environnement équilibré.
Le nouveau monde, bâti sur les cendres de l’ancien, nécessitera des humains particuliers pour insuffler des valeurs humaines à la nouvelle civilisation planétaire…
Un terrible orage se prépare.
Un orage d’une violence inouïe.
Un orage planétaire.
Et je serais là…
Oui, je serai là…
Pour que les personnes porteuses d’Humanité survivent !