Le souvenir du début de l’action traversa mon esprit comme un film noir et blanc au ralenti…
La grenade à travers la fenêtre pour sécuriser mon arrivée. Les deux gardes du corps agonisant à mon approche. Pantins désarticulés gisant dans la poussière et le sang. Grièvement blessés et sonnés par le blast, leurs capacités à lutter étaient
quasi nulles. Malgré cela, je me revois en toute lucidité m’approcher du premier d’entre eux, placer posément mon pied sur son visage pour qu’il arrête de gigoter puis, sans aucune forme de procès, lui tirer une balle dans la tête. Même si le second garde ne bougeait plus du tout une balle de cal45 lui traversa aussi le crane. J’aurais simplement pu me contenter de les désarmer… Non. La logique de guerre me dominait.
Lorsque Virgo, le visage vilainement écorché, me vit les achever, il me supplia de tout prendre et de l’épargner. Il me dit qu’il allait tout m’expliquer… Trop tard. Je ne me trouvais plus là pour comprendre !
C’est à ce moment là que j’ai entrevu la frêle silhouette féminine.
Une table recouvrait la moitié de son corps couvert de plaies. Elle ne respirait plus. Je n’avais pas remarqué sa présence avant de lancer ma grenade. Elle ne devait pas dépasser la vingtaine.
Je ne sais pas qui elle pouvait être. Une femme, une petite amie, une sœur…
Quoi qu’il en soit, elle avait perdu la vie, parce qu’elle se trouvait au mauvais endroit, au mauvais moment. Ou plutôt, parce que j’avais défouraillé sans me préoccuper de rien ni personne.
J’évaluais instantanément que laisser Virgo derrière moi revenait à lui laisser aussi une possibilité de vengeance future. Alors, je prélevais son sang et une balle lui enleva le peu d’espérance qu’il lui restait.
Je décidais ensuite de mettre le feu à la maison, selon la méthode russe du début des années 2000. Agir couleur locale. Ici, les maisons des familles des rebelles brûlaient souvent. Alors, nettoyage par le feu !
Après 4 ans, je m’étais remis à tuer…
Pour une simple fiole de sang…
J’avais beau savoir tout ça, je ne ressentais rien.
Aucune culpabilité pour cette pauvre fille…
Pas le moindre remord pour les deux gardes.
Ni d’ailleurs pour le sang de Virgo…
ni même pour les larmes d’Ivana.

